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Lorsque l’on parle de jazz traditionnel le nom de New-Orleans vient immédiatement à l’esprit.
La ville a été fondée en 1718 par les frères Jean-Baptiste et Pierre LeMoyne.
Aux premières années de 1900, elle contenait un extraordinaire mélange de peuples et de races :
avant d’être rachetée (!) par les Etats-Unis, elle avait été sous domination espagnole et française.
Ainsi s’y côtoyaient des Français, des Espagnols, des Italiens, des Anglais et des Slaves, sans
oublier les descendants des esclaves autrefois amenés d’Afrique.
Exotique, insolite, romantique : telle apparaissait, aux yeux de tous les voyageurs, la
Nouvelle-Orléans au début du 19ème siècle. Que ce soit là qu’apparut le jazz est certes un mythe.
Pourtant ce fut un carrefour et un lieu de convergences et de cristallisations. C’est dans le creuset
de Storyville, le « Vieux Carré », le quartier populaire de la ville, qu’est né le
« style New Orleans ».
Il avait été précédé par le « ragtime », originaire de la ville de Sedalia (Missouri).
Musique composée et jouée au piano, ressemblant par sa structure à la musique européenne
du 19ème siècle, il lui manquait un des caractères essentiels du jazz : l’improvisation.
Alors que le ragtime était essentiellement
joué dans les barraquements où vivaient les ouvriers qui, à cette époque, construisaient les grandes
lignes de chemins de fer, le style « New Orleans » allait gagner les bars, les boîtes et les fameux
« barrelhouses » de Storyville.
Jusqu’aux années trente, la moitié environ des grands jazzmen seront donc originaires de
la Nouvelle-Orléans.
En 1917, un événement survient qui va changer l’histoire du jazz. Les Etats-Unis
entrent dans la guerre mondiale : la Nouvelle-Orléans devient un port de guerre et
beaucoup de jeunes soldats y sont en garnison. Considérant que Storyville est un danger
pour le moral des troupes, elle est fermée par décret de l’autorité militaire. La
fermeture de Storyville signifie le chômage, non seulement pour les « belles » du quartier,
mais aussi pour des centaines de musiciens. Beaucoup quittent donc la ville et la plupart
remontent vers Chicago, qui exerçait une sorte de fascination pour de nombreux jazzmen.
Ce qui explique que l’apogée du style New Orleans ait eu Chicago pour cadre. C’est dans le
« Southside », le quartier noir, que naît le « style Chicago ».
Alors que, dans le style New Orleans, les trois lignes mélodiques (trompette, trombone,
clarinette) s’entrecroisent, dans le style « Chicago » elles restent bien sagement parallèles,
voire successives, car le solo prend de plus en plus d’importance.
A la fin des années vingts aura lieu une seconde grande migration dans l’histoire du jazz :
celle de Chicago à New-York, où se retrouveront les musiciens venus de Harlem et de Kansas City.
Ainsi naitra le « swing », un style dont la caractéristique principale est un système rythmique
dans lequel les quatre temps de la mesure sont également accentués, par opposition aux
styles précédents où un accent était marqué sur les deuxième et quatrième temps. Alors que
jusque-là le style New Orleans était joué par de petites formations, le style swing verra se
créer les fameux « big bands », les grands orchestre de jazz.
Et une autre décennie plus tard allait naître encore un nouveau style, le « be-bop ».
Mais, pardon, nous nous éloignons du jazz traditionnel...
(Source : Le Jazz des origines à nos jours, J.E.Berendt, Payot 1963)
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